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01 août
2014
envirovertetbrun PolQc
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Recycler le verre : un débat stérile

Source de l’image : www.ecohabitation.com

Le débat entourant le recyclage du verre au Québec est devenu stérile depuis quelques années. Pourtant, des solutions existent, les technologies existent, la main-d’oeuvre existe, l’expertise existe….Alors pourquoi la situation ne s’améliore pas? Pourquoi le Québec demeure immobile malgré les crises qui se succèdent dans le monde du recyclage?

La qualité n’existe pas 

Vrai. Le verre récupéré via la collecte sélective est, disons-le, une vraie plaie pour l’industrie du recyclage. Puisque notre système de collecte est de type « pêle-mêle », bien…ça le dit : tout se mêle. Dans nos bacs et dans le camion, le verre se brise et contamine les autres matières qui s’y trouvent (papier, plastique, etc). Rendue au centre de tri, la situation ne s’améliore pas, évidemment. Les matières sont dirigées vers un tapis roulant qui les acheminent vers des installations de tri mécanique et/ou manuel. Quand une matière valorisable est retirée au fil de la chaine de triage, on dit que le tri est positif (on enlève la bonne matière pour ne laisser filer que les déchets).  À l’inverse, quand on retire les matières indésirables (déchets) pour ne conserver que la matière valorisable, on parle de tri négatif (on enlève les déchets pour ne garder que la bonne matière au bout de la chaine de triage). Dans le cas d’un tri négatif, la qualité est grandement diminuée puisqu’il est quasi impossible de retirer 100% des matières indésirables.

Actuellement, la plupart des centres de tri québécois ne sont pas dotés d’équipement adéquat pour assurer un tri positif du verre (le retirer au début de la chaine de tri).  Ainsi, il se brise en plusieurs morceaux tout au long des étapes de récupération, contaminant les autres matières, nuisant à la machinerie et parfois, à la santé des travailleurs. On le laisse filer sur les tapis roulant avec les autres matières indésirables, jusqu’à la sortie de la chaine de triage ou il est finalement dirigé vers un conteneur et entreposé, avec une grande concentration de déchets. La contamination est telle que la plupart des conditionneurs, ceux qui recyclent le verre, ne peuvent s’alimenter auprès des centres de tri québécois, faute de qualité suffisante de la matière première. Les centres de tri se retrouvent ainsi avec des quantités phénoménales de verre souillé, cher à traiter, sans valeur, et impossible à revendre sur le marché.

Crise du verre

Devant cette réalité persistante et sans soutien financier suffisant de la part du gouvernement, Klareco, la principale usine de traitement de verre au Québec, a fermé ses portes en avril 2013. Depuis, c’est « la crise du verre au Québec« . Le verre de mauvaise qualité, issu de la collecte sélective, s’empile et s’empile dans les centres de tri pendant que les décideurs tentent de trouver des solutions. L’une d’elles dite « temporaire » est d’utiliser le verre recyclé comme matière de recouvrement journalier dans les sites d’enfouissement. Les opérateurs de site d’enfouissement sont tenus par règlementation de recouvrir les déchets afin d’éloigner les indésirables (vermine, oiseaux, etc), de limiter les odeurs et d’éviter l’éparpillement.

Évidemment, ce n’est pas la meilleure manière de réutiliser le verre recyclé, mais c’est quand même préférable à l’utilisation de matière neuve, comme du sable, à l’usage des sols « faiblement » contaminés aux hydrocarbures, ou pire, l’utilisation des résidus « propres » de déchiquetage des carcasses de véhicules automobiles, communément appelés « fluff« …Car oui, ces matières sont aussi utilisées comme matières de recouvrement journalier. C’est à mon avis beaucoup plus dommageable d’un point de vue environnemental que le verre, qui rappelons-le, est une matière inerte, sans aucun danger pour l’environnement. Ainsi, contrairement à ce que prétend le journal de Montréal dans sa chronique du 30 juillet 2014, le verre n’est pas jeté à la poubelle, il est bel et bien réutilisé puisqu’il a une fonction, soit celle de réduire les nuisances environnementales liées à l’enfouissement. On pourrait trouver mieux comme solution, certes, mais ce n’est pas une raison de désinformer la population.

Consigne, pas consigne, débat stérile

La consigne est un système de récupération au même titre que la collecte sélective. Leur objectif est le même : récupérer des matières de seconde vie qui sont encore valorisables. Je le repère, les deux systèmes ont le même objectif. Un nécessite que l’utilisateur se déplace pour permettre la récupération de la matière (consigne) tandis que l’autre récupère directement la matière chez l’utilisateur. Depuis quelques années, deux groupes de lobbys se sont formés afin de faire la promotion de l’un ou l’autre des deux systèmes.

D’un côté, on a les pro-consignes, qui font la promotion du maintien du système de consigne actuel et son élargissement à d’autres matières et de l’autre on a Bacs+  qui vante la capacité de la collecte sélective, voire l’abolition totale du système de consigne publique. Les deux regroupements ont des arguments solides et les font valoir auprès des instances gouvernementales plus souvent qu’autrement. Les pro-consignes justifient l’élargissement de la consigne à d’autres contenants par l’augmentation de la qualité de la matière récupérée, et l’aspect social, tandis que les pro-du-bac mettent surtout l’accent sur la performance du système de collecte à domicile. Pourquoi changer un système de collecte quand celui-ci a démontré son efficacité? Pourquoi réformer complètement un système de collecte quand le problème n’est pas la collecte, mais le tri? Trier le verre positivement au centre de tri ne serait-il pas une solution à envisager, plutôt que de consigner les bouteilles de vin et spiritueux et modifier « encore » les habitudes des citoyens? Oui, mais le tri positif ne permet pas le réemploi des bouteilles comme les bouteilles de bières brunes….contrairement à un système de consigne. Peu importe, les bouteilles de vin de la SAQ sont difficilement admissibles au réemploi puisque la variété des contenants est trop grande et la distance avec les embouteilleurs trop élevée. La consigne amène de la clientèle aux commerçants…Oui, mais cette clientèle n’achète rien, et fait fuire ceux qui dépensent…La consigne permet de financer plusieurs groupes sociaux et aide les itinérants à survivre dans des moments névralgiques…Oui, mais est-ce ce que l’on souhaite, comme société, entretenir les itinérants en les maintenant les deux mains dans nos poubelles?

Puisque l’objectif d’un système de consigne est de récupérer une matière, on doit nécessairement consigner le contenant, et non le contenu comme c’est le cas actuellement avec les boissons gazeuses VS les jus. Ainsi, si on consigne les bouteilles de vin, pourquoi ne pas consigner les pots de cornichons et les pots de crème pour le visage?

D’un côté on a un système qui fonctionne bien d’un point de vue environnemental et qui permet d’obtenir une matière plus propre, mais qui transforme le dépanneur du coin et le géant Maxi, en mini centres de tri et de l’autre un système de collecte performant d’un point de vue quantité, mais qui néglige la qualité.

Je vous le dis, le débat est stérile. Les enjeux sont tellement importants quand vient le temps d’envisager un système VS un autre que les lobbys de partout se lancent dans un débat d’influence qui n’en fini plus. Ils ont tous des intérêts (souvent autres qu’environnementaux) à défendre. La SAQ ne veut rien savoir d’appliquer une consigne sur ses produits et investis dans le développement d’alternatives via sa chaire de recherche sur la valorisation du verre de l’Université de Sherbrooke. Les centres de tri quant à eux feraient bien un p’tit échange du genre…On envoie les bouteilles de vin dans le système de consigne, pis en échange on intègre les canettes d’aluminium à la collecte sélective ($$)…tsé, un fou d’une poche. Les commerçants eux ne feront pas dans la p’tite négociation…ça fait 30 ans que la p’tite compensation de 0.02$/contenant n’a pas bougé…alors que les coûts de manutention et de machinerie ont plus que doublés….Oui, mais selon les groupes environnementaux, si on augmente la consigne à 0.25$, on pourra financer tout…et beaucoup moins de contenants se retrouveront aux ordures ou dans l’environnement…

Bref, pour les deux regroupements les arguments se valent alors le gouvernement opte toujours pour le statu quo, soit la solution qui créée le moins de remous possibles et ce, même si le système de consigne publique est parsemés d’incohérences et devrait être réformé depuis longtemps.

Beau casse-tête que viendra démêler, je l’espère, l’étude commandée par le ministère de l’environnement en 2012 et dont les résultats sont attendus d’ici la fin de l’année 2014.

D’ici là, continuez à récupérer vos matières résiduelles le plus possible comme vous le faites actuellement, car ce n’est pas en se détournant des objectifs en période de crise qu’on solutionne un problème.

G’Lo.

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6 thoughts on “Recycler le verre : un débat stérile

  1. lepatriote.ca dit :

    ça prend des consignes sur les bouteilles d’eau

    1. Vous recommandez, donc, de consigner le contenu plutôt que le contenant? Ce modèle ne va pas à l’encontre de l’objectif d’une consigne?

  2. antoni dit :

    Excellente analyse Madame Tardy! Probablement avez-vous été bien placée dans votre ancienne fonction au MDDEFP pour vous apercevoir de cette lutte entre les lobbys. Des groupes de lobbys qui encore une fois se battre à force inégales… D’un côté l’industries qui souhaitent vendre leurs technologies coûteuse ou encore ceux qui veulent diminuer les coûts liés à la gestion de la consigne. (D’ailleurs, je suis un peu surpris de voir qu’une société d’État comme la SAQ soit officiellement dans Bacs plus, un droit de réserve aurait été chic de leur part. Qu’il ne soit pas favorable à la consigne c’Est une chose, mais de faire partie d’un groupe de lobbys c’est désolant.) Et de l’autres côté, un lobby composé de groupes qui pour la plupart sont sans but lucratif et à la recherche du bien commun , c’Est-à-dire augmenter la qualité et les quantités de matières recyclables récupérées… Par ailleurs, je suis déçu de devoir attendre et attendre pour voir l’étude commandé par le ministère… Est-ce normal d’attendre 2 ans pour une étude et peut-être plus advenant d’autre délais?

    1. Dans ce cas précis, les lobbys sont assez forts des deux côtés. Dans les pro-consignes, on ne retrouve pas uniquement des OSBL, mais des regroupements para-gouvernementaux comme les CRE (ne devraient-ils pas, comme la SAQ, avoir un devoir de réserve?), des syndicats importants, certains gros brasseurs de bière, les alumineries…(l’aluminium provenant de la consigne est de meilleur qualité et ça leur fait épargner des couts, alors ils sont en faveur), beaucoup de municipalités (et dieu sait que les gouvernements ne veulent pas avoir l’UMQ et la FQM comme ennemi…).

      http://www.pro-consigne.org/fr/page/nos-partenaires-1.htm

      Bref, pas pour rien que le dossier n’avance pas. Peu importe le côté duquel on penche, il y aura une crise à gérer, et puisque ce n’est pas un enjeu pour la majorité des citoyens, pourquoi bouger? Ce n’est pas payant électoralement parlant. Enfin, pour l’étude, oui le délai est normal. Avec tout le processus d’appel d’offre, de sélection (ils ont été obligés de retourner en appel d’offre car aucune des soumissions ne répondait aux attentes au départ, les échéanciers ont aussi été revus puisque pour avoir un portrait qui soit représentatif, on devait faire la collecte de données sur 4 saisons minimum (l’été la consigne est-elle plus efficace que l’hiver, retrouve-t-on plus de contenants consignés dans le bac bleu l’hiver à cause de la température, etc). Bien bien hâte de voir les résultats, mais le ministre n’aura pas l’obligation, je crois, de les rendre publics ou de retenir les recommandations.

  3. JF dit :

    Et tu serais prête à payer une consigne de 25¢ par canette? Cette problématique est de quoi à ce que je réfléchi depuis longtemps. Le gros problème est le débat est contrôlé par des lobbies dominés par d’importantes multinationales qui regardent à leurs propres intérêts (comme c’est original comme situation!) .

    Je sais bien qu’au Michigan, ils sont à 10¢ par contenant quand les autres états (pas si nombreux au total) ayant un système de consigne fonctionnent plutôt à 5¢ et que les canettes de bière en Ontario valent 10¢ tandis celles de boissons gazeuses n’y valent que le prix du métal, mais n’est-ce pas risqué de monter la consigne à 25¢ le contenant (ou 6.00$ la caisse de 24). Oui, le taux de récupération va être très haut, mais ça va aussi dissuader certains achats impulsifs, puis créer du commerce interprovincial pour aller un dépôt jamais payé sur le contenant comme il existe d’Ottawa vers l’Outaouais ou du Manitoba (sans consigne) à la Saskatchewan (avec consigne). Je ne dis pas que l’inflation n’a réduit la valeur qu’on accorde à 5¢, mais c’est peut-être radical d’aller à 25¢, surtout que le verre problématique est maintenant presque présent uniquement sous forme de bouteilles de bière . Les autres contenant concernés sont principalement en aluminium et en plastique. La réponse se trouve-t-elle dans les bottle depots qu’on voit, par exemple, dans les Maritimes et en Alberta. On retourne tous à la même place, pas de gossage à la propre et blanche SAQ ni au petit dépanneur capricieux ou d’attente à la machine malpropre de l’épicerie. Il y a de quoi de plus malcommode de se faire dire qu’on prend juste tel format ou marque, qu’on perd le dépôt parce que la machine est trop sale pour lire certains codes barre et qu’on doit retrouver le bon endroit où retourner tel ou tel produit. Je suis d’accord aussi avec l’idée de réviser l’absence de consigne et l’harmonisation de sa valeur sur les bouteilles de vin/spiritueux, les canettes de jus et bouteilles d’eau, surtout quand on voit Coke embouteiller Da Sani et Pepsi en faire de même avec Aquafina dans les mêmes bouteilles que sa boisson brune. Il y a de quoi à faire en la matière, mais voulons-nous aller jusqu’à ce qui se fait en Alberta, c’est à dire consigner les tetra-paks de jus et les contenants de lait. C’est comme l’exemple des pots de cornichons, il y a un choix à faire sur où on coupe la ligne.

    Par ailleurs, il est intéressant de mentionner que les bouteilles de bière vendues à la SAQ sont présentement retournables à la SAQ, puisque ce sont les seules à vendre ces marques importées. Ainsi, la SAQ pratique donc déjà un petit système de récupération. Pour sa part, en Ontario, la LCBO ne reprend rien et elle réfère au système des Beer Stores, même si ce ne sont pas les produits du listing de ces derniers.

    Le troisième système que j’ai constaté sont les environmental levies comme ça fonctionne au Manitoba. Il s’agit simplement d’une surtaxe de 2 ¢ à l’achat du contenant qui est envoyé pour financer le système de récupération. Ca n’incite en rien concrètement le retour des contenants et c’est les consommateurs qui payent.

    Du côté, du tri, le problème est que le système demande beaucoup de main d’oeuvre et les entreprises cherchent à limiter leurs coûts le plus possibles ou les refiler aux municipalités. Dans j’ai été jeune, je me rappelle que la récupération est triée « curbside » à même le camion jusqu’au jour où la compagnie a cherché à imposer ses bacs roulants pour éviter que les chauffeurs de camions aillent à débarquer charger les matière à chaque cour. C’est vrai que c’est exigent physiquement, mais ça a réduit les coûts de main d’oeuvre en poussant ça à des centres de tri qui font ça à temps plein et les camionneurs ne font plus qu’opérer leur camion et son lift. Par la suite, avec les bacs, ils ont coupés les cueillettes de deux fois par semaines à une par semaine pour chaque bac et maintenant un aux deux semaines pour le bac déchet et recyclage, puis occasionnellement pour celui du compost. Toujours les coûts. Oui, la capacité des bacs fourni à la demande de la majorité, mais ce n’est rien pour aider l’insectarium maison qui apparait durant les chaleurs d’été et surtout pour dissuader la population de faire à attention au bon tri. Maintenant, les centres de tri se plaignent de plus en plus de rejets de déchets. Ca correspond pas mal au même temps que la fréquence de la collecte a été réduite et que le citoyen moyen jette n’importe quoi dans n’importe quel bac, idéalement dans le premier de la série à être ramasser dans les jours suivants.

    1. Wow superbe commentaire qui complète bien mon analyse. Je mettrai un seul petit bémol : le verre problématique n’est pas celui des contenants de bière, mais bien des vins et spiritueux. La bière (contenant de bière brune) étant majoritairement consignée, retourne chez l’embouteilleur pour le réemploi. C’était un système efficace à l’époque pour protéger le marché de la bière québécoise, mais avec la fusion coors/molson, disons que c’est rendu plus un fardeau qu’une protection. La conjoncture mondiale dans le marché de la bière tend d’ailleurs à convertir la bière en bouteille vers les contenants d’aluminium. Ultimement, les grands brasseurs souhaitent tous éliminer la bouteille pour ne conserver que la canette. Ils vendent la bière en canette parfois à perte, pour inciter le consommateur à l’acheter et ainsi instaurer une habitude de consommation permanente.

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